Rémunération

Combien se verser quand on est médecin libéral ?

Combien se verser quand on est médecin libéral ?

Sur 10 € gagnés, combien sont vraiment à vous ? Une méthode simple pour savoir chaque mois quoi mettre de côté et combien vous verser, avec un exemple chiffré.

Barre coupée en deux : 40 % déjà promis aux cotisations et à l’impôt, 60 % à vous.

Vous avez 40 000 € sur votre compte professionnel. Combien pouvez-vous en virer sur votre compte personnel sans mauvaise surprise ? Beaucoup de médecins répondent au jugé, et découvrent un an plus tard qu’ils se sont trop versé. Voici une méthode simple pour répondre juste, chaque mois.

L’idée à retenir

Sur 10 € que vous gagnez, environ 4 ne sont pas à vous. Ils appartiennent déjà à l’URSSAF, à la CARMF et à l’impôt. Le problème, c’est que ces trois organismes ne vous les réclament pas tout de suite : ils les prélèvent plus tard, parfois un ou deux ans après.

Votre compte professionnel vous donne donc une image trop flatteuse. Une partie de l’argent qui s’y trouve est déjà promise.

Qui prend quoi

Trois organismes se servent sur ce que vous gagnez :

  • L’URSSAF finance votre assurance maladie, vos indemnités en cas d’arrêt et les allocations familiales. En secteur 1, l’Assurance maladie en paie une grande partie à votre place.

  • La CARMF est votre caisse de retraite. C’est en général le prélèvement le plus lourd.

  • L’impôt sur le revenu, prélevé chaque mois ou chaque trimestre.

Pour se verser le bon montant, inutile de connaître leurs taux par cœur. Il suffit de savoir quelle part de ce que vous gagnez ils représentent, ensemble.

Pourquoi on se fait surprendre

Ces trois organismes calculent ce qu’ils vous prélèvent aujourd’hui à partir de vos revenus d’il y a un ou deux ans. Puis, quand ils connaissent vos vrais revenus, ils corrigent : c’est la « régularisation ».

Prenons un exemple. Votre activité augmente nettement cette année. Vos prélèvements, eux, restent calés sur l’année où vous gagniez moins. Votre compte se remplit, tout semble aller bien, vous vous versez davantage. Un an plus tard arrive le rattrapage, et il faut le payer d’un coup.

C’est pour cela qu’on ne peut pas se fier aux prélèvements du moment. Il faut mettre de côté ce que vous devrez sur ce que vous gagnez maintenant.

Un exemple, mois par mois

Prenons une médecin généraliste de secteur 1, installée en nom propre, célibataire et sans enfant, dont l’activité est stable.

Ce qu’elle gagne

Sur un mois moyen, elle encaisse 13 000 € d’honoraires et paie 2 500 € de frais professionnels (loyer, logiciel, assurance, voiture…). Elle a donc gagné 10 500 €.

Ce qui n’est pas à elle

Sur ces 10 500 €, elle devra un jour :

  • environ 2 500 € de cotisations (URSSAF et CARMF) ;

  • environ 2 000 € d’impôt sur le revenu.

Soit environ 4 500 € à mettre de côté, un peu plus de 4 € sur 10.

Ce qu’elle peut se verser

10 500 € − 4 500 € = 6 000 € par mois.

Si elle se versait tout ce qui reste sur son compte chaque mois, elle dépenserait 4 500 € qui ne sont pas à elle. En un an, cela ferait 54 000 € à trouver.

Gardez une marge de sécurité

Ce calcul suppose que tout se passe comme prévu. Or un mois creux, un arrêt maladie ou un rattrapage plus fort qu’annoncé peuvent toujours arriver. Nous recommandons donc d’ajouter une marge : mettez de côté plutôt 45 à 50 % de ce que vous gagnez.

Dans l’exemple, cela revient à mettre 5 000 € de côté et à se verser 5 500 € par mois. Si la marge n’a pas servi en fin d’année, l’argent n’est pas perdu : vous pouvez vous le verser, ou le garder en épargne.

La part à mettre de côté n’est pas la même pour tout le monde. Elle augmente avec le revenu, et elle baisse si vous avez un conjoint sans revenu ou des enfants.

Ouvrez un compte de réserve

C’est le geste qui change le plus les choses. Avec un seul compte professionnel, tout est mélangé : l’argent qui est à vous et l’argent qui est déjà promis. Le solde paraît confortable, et l’on finit par dépenser ce qui ne nous appartient pas.

Nous recommandons d’ouvrir un second compte, réservé aux cotisations et à l’impôt. Rien ne l’interdit, et la plupart des banques le proposent :

  • un second compte professionnel, dans la même banque ou ailleurs ;

  • ou un compte d’épargne rémunéré, comme un livret ou un compte à terme pour les professionnels : l’argent mis de côté rapporte quelques intérêts en attendant d’être prélevé.

Chaque mois, dès que vous avez fait le calcul, virez la part à mettre de côté sur ce compte. Ce qui reste sur le compte principal, après les frais, est à vous.

La méthode en 4 gestes

  1. Chaque mois, calculez ce que vous avez gagné : ce que vous avez encaissé, moins vos frais professionnels.

  2. Virez la part qui n’est pas à vous sur votre compte de réserve : 45 à 50 % de ce que vous avez gagné, marge comprise.

  3. Gardez un coussin de sécurité sur votre compte principal, l’équivalent de deux ou trois mois de frais professionnels, pour un mois creux ou des vacances.

  4. Versez-vous le reste. Refaites le calcul chaque trimestre, et à chaque courrier de l’URSSAF ou de la CARMF.

Les cas où il faut mettre davantage de côté

  • Vos premières années d’installation. Au début, l’URSSAF et la CARMF vous prélèvent des montants forfaitaires, souvent bas. Le rattrapage arrive ensuite et peut être lourd. C’est le moment où la méthode compte le plus.

  • Une activité qui augmente. Plus elle progresse vite, plus le rattrapage sera important.

  • Le secteur 2. L’Assurance maladie ne prend pas en charge une partie de vos cotisations comme en secteur 1, et la part retraite (CARMF) est plus élevée. Pour la médecin de l’exemple, à revenu égal, ce serait environ 750 € de plus à mettre de côté chaque mois : comptez plutôt la moitié de ce que vous gagnez, avant même d’ajouter une marge.

À l’inverse, certaines déductions réservées au secteur 1 peuvent réduire votre impôt : votre expert-comptable sait si elles s’appliquent à vous. Et si vous exercez en société, la question se pose autrement (rémunération ou dividendes) : ce sera l’objet d’un prochain guide.

Ce calcul, Sissa le fait pour vous

Refaire ce calcul chaque mois prend du temps, et c’est rarement la priorité après une journée de consultations. C’est précisément ce que fait Sissa.

Vous connectez vos comptes professionnels, en lecture seule. Sissa classe vos opérations, calcule ce que vous devrez à l’URSSAF, à la CARMF et à l’impôt sur ce que vous gagnez réellement, et vous indique chaque mois deux chiffres : ce qu’il faut mettre de côté, et ce que vous pouvez vous verser sans risque. Vous n’avez plus à deviner, ni à redouter le prochain courrier.

Comment nous avons calculé l’exemple

Pour celles et ceux qui veulent vérifier : sur l’année, la médecin de l’exemple gagne 126 000 € (156 000 € d’honoraires moins 30 000 € de frais). Elle paie environ 10 500 € à l’URSSAF et 19 500 € à la CARMF, soit 30 000 € de cotisations, et environ 24 300 € d’impôt. Le calcul applique les règles et barèmes 2026, dont la nouvelle façon de calculer les cotisations des indépendants entrée en vigueur cette année, comme si elles s’appliquaient sur une année pleine à revenus stables. Les montants mensuels sont arrondis.

Sources

Chiffres à jour au 21 octobre 2026.

Arthur Morel
Arthur Morel
Fondateur de Sissa Partners, ancien directeur financier
Combien pouvez-vous vous verser, vous ?
Sissa calcule chaque mois ce que vous pouvez vous verser sans risque, après l'URSSAF, la CARMF et l'impôt.
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