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Première année d’installation : ce que vous paierez et quand

Première année d’installation : ce que vous paierez et quand

La 1re année, l’URSSAF, la CARMF et les impôts prélèvent peu. La 2e, tout arrive en même temps. Comment s’y préparer dès le premier mois d’activité.

Trois barres : peu prélevé la première année, beaucoup la deuxième, puis un rythme stable.
Trois barres : peu prélevé la première année, beaucoup la deuxième, puis un rythme stable.

La première année d’installation, les prélèvements sont étonnamment faibles. Le compte se remplit, et l’on a l’impression que l’activité libérale est très rentable. Puis, la deuxième année, tout arrive en même temps. Ce n’est pas une mauvaise surprise inévitable : c’est un calendrier, et il se prépare dès le premier mois.

L’idée à retenir

La première année, vous ne payez presque rien, alors que vous devez déjà une bonne partie de ce que vous gagnez. L’URSSAF, la CARMF et les impôts ne connaissent pas encore votre revenu : ils prélèvent des petits montants forfaitaires, ou rien du tout. Ce que vous devez vraiment sur votre première année vous sera réclamé à partir de la deuxième, en plus des prélèvements de la deuxième année elle-même.

Pourquoi c’est si bas au début

  • L’URSSAF calcule vos cotisations des deux premières années comme si vous gagniez très peu : un revenu forfaitaire d’environ 9 000 € par an pour la plupart des cotisations, et de 19 000 € par an pour l’assurance maladie et les indemnités journalières. C’est bien moins que ce que gagne un médecin installé. Puis, une fois votre vrai revenu déclaré, elle régularise.

  • La CARMF applique la première année des montants fixes réduits. La retraite complémentaire, la plus lourde, n’est pas due les deux premières années si vous vous installez avant 40 ans.

  • L’impôt sur le revenu ne prélève rien sur vos revenus libéraux, puisque vous ne les avez encore jamais déclarés. Si vous étiez salarié avant (médecin salarié, assistant…), l’impôt sur votre salaire était retenu chaque mois par votre employeur : cette retenue s’arrête avec le salaire, et rien ne la remplace. L’impôt sur votre première année d’activité libérale vous sera réclamé l’année suivante, à partir de septembre.

Un exemple

Prenons une médecin généraliste de secteur 1 qui, après son internat, a travaillé deux ans comme médecin salariée dans un centre de santé. En janvier 2026, à 34 ans, elle s’installe en nom propre et reprend la patientèle d’un confrère parti à la retraite. Elle est célibataire et sans enfant. Une fois ses frais professionnels payés, mais avant cotisations et impôt, elle gagne 90 000 € par an, soit 7 500 € par mois, dès la première année, et son activité reste stable ensuite.

2026 : la première année

Chaque mois, elle gagne 7 500 €, et on ne lui prélève qu’environ 375 € : environ 90 € pour l’URSSAF et 285 € pour la CARMF. Aucun impôt.

Pourtant, ce qu’elle doit réellement sur cette année représente environ 2 325 € par mois. Les 375 € prélevés n’en couvrent qu’une petite partie : il reste environ 1 950 € par mois qui ne lui ont pas encore été demandés. Sur l’année, cela fait :

  • environ 6 000 € de plus à l’URSSAF sur l’année. C’est moins qu’on pourrait le croire : en secteur 1, l’Assurance maladie paie l’essentiel des cotisations maladie, et ce que l’URSSAF réclame est surtout la CSG ;

  • environ 17 500 € d’impôt sur le revenu.

Si elle se verse chaque mois ce qui reste sur son compte, elle dépense cet argent.

2027 : l’année du rattrapage

Elle déclare ses 90 000 € au printemps. À partir de là, trois choses se cumulent :

  • à partir de mai ou juin, l’URSSAF lui réclame les 6 000 € de 2026, et recalcule ses prélèvements de 2027 sur son vrai revenu ;

  • la CARMF recalcule elle aussi sa retraite de base de 2027 sur ce revenu ;

  • à partir de septembre, les impôts prélèvent les 17 500 € dus pour 2026, et commencent en même temps les acomptes de 2027.

Pour le même revenu de 7 500 € par mois, voici ce qu’on lui prélève :

  • de janvier à avril : environ 375 € par mois, comme en 2026 ;

  • de mai à août : environ 2 300 € par mois ;

  • de septembre à décembre : environ 8 100 € par mois, soit plus que ce qu’elle gagne.

Sur l’année, elle paie environ 43 000 €, contre 4 500 € en 2026. Si elle n’a rien mis de côté la première année, elle n’a aucun moyen de faire face à l’automne 2027 avec ses seuls revenus du moment : il lui faut un découvert, un prêt, ou des délais de paiement à négocier.

2028 : la retraite complémentaire arrive

À partir de la troisième année, la retraite complémentaire CARMF devient due. Elle est calculée sur le revenu d’il y a deux ans, donc sur ses 90 000 € de 2026 : environ 7 900 € par an en plus.

Ensuite, les choses se stabilisent : pour un revenu de 90 000 €, cotisations et impôt représentent environ 36 000 € par an, soit 3 000 € par mois, 40 % de ce qu’elle gagne.

Schéma : en 2026, environ 375 € prélevés par mois alors que 2 325 € sont dus, dont 1 950 € pas encore demandés ; en 2027, 375 € par mois de janvier à avril, 2 300 € de mai à août, 8 100 € de septembre à décembre ; à partir de 2028, environ 3 000 € par mois.

La méthode : faire comme si tout était déjà prélevé

1. Mettez de côté dès le premier mois

Le plus sûr est de mettre de côté, chaque mois, ce que vous paierez une fois le rythme normal atteint : environ 40 % de ce que vous gagnez pour un revenu comme celui de l’exemple, 45 % avec une marge de sécurité. Sur un compte séparé, pour ne pas le dépenser par erreur. Notre guide Combien se verser quand on est médecin libéral ? explique comment calculer cette part.

Dans l’exemple, cela revient à mettre environ 3 000 € de côté par mois dès janvier 2026. Fin 2026, une fois payés les petits prélèvements de l’année, il lui reste environ 31 500 € en réserve : de quoi absorber 2027 sans stress.

2. Faites démarrer vos prélèvements plus tôt

Plutôt que de tout garder vous-même, vous pouvez faire payer une partie au fil de l’eau :

  • à l’URSSAF, demandez dès le début, depuis votre espace en ligne, que vos cotisations soient calculées sur une estimation de votre revenu de l’année plutôt que sur le forfait ;

  • aux impôts, déclarez dans votre espace sur impots.gouv.fr le bénéfice que vous attendez de votre nouvelle activité : des acomptes démarrent alors tout de suite, et vous évitez le gros solde de septembre de l’année suivante.

Les deux options se valent : payer au fil de l’eau, ou garder de côté. L’important est de faire l’une ou l’autre.

3. Préparez l’automne de la deuxième année

C’est le moment le plus serré : régularisation de l’URSSAF, solde de l’impôt de la première année et nouveaux acomptes arrivent ensemble. Notez-le dans votre agenda dès votre installation, et vérifiez en juin de la deuxième année que votre réserve couvre bien ces montants. Notre guide sur la régularisation URSSAF et CARMF détaille ce mécanisme.

Ce qui peut vous aider au démarrage

  • L’ACRE, une exonération partielle de cotisations la première année, est accordée automatiquement à la création d’activité. Elle ne joue que si votre revenu de la première année reste modeste : en 2026, elle est totale sous environ 36 000 € et disparaît au-delà d’environ 48 000 €. Elle concerne donc surtout les installations en cours d’année.

  • Un délai de paiement à la CARMF. Si vous le demandez par écrit dans le mois qui suit son premier courrier de cotisations, la CARMF peut repousser le paiement de votre retraite de base de la première année, puis vous laisser la régler en plusieurs fois, sur cinq ans au plus. Ce n’est pas une réduction : vous paierez la même somme, simplement plus tard. Le montant concerné reste modeste.

Les situations qui changent le calcul

  • Une installation en cours d’année : les montants de la première année sont réduits à proportion, mais le même rattrapage arrive ensuite.

  • Une installation après 40 ans : la retraite complémentaire CARMF est due dès la première année. Le rattrapage de la troisième année est donc moins brutal.

  • Le secteur 2 : la CARMF demande déjà environ 7 700 € la première année, et l’Assurance maladie prend moins de cotisations en charge.

  • Un conjoint, des enfants, d’autres revenus : l’impôt change, et donc le montant à mettre de côté.

  • Si vous avez fait des remplacements avant de vous installer, vous avez déjà des revenus libéraux déclarés : une partie de ces étapes a déjà eu lieu, et le rattrapage dépend de ce que vous gagniez en remplacement. Les règles des remplaçants feront l’objet d’un prochain guide.

Ce calcul, Sissa le fait pour vous

S’installer, c’est déjà beaucoup : les patients, les locaux, le logiciel, les démarches. Vous n’avez pas à devenir expert des cotisations en plus.

Dès votre premier mois d’activité, Sissa suit ce que vous gagnez et calcule ce que vous devez réellement à l’URSSAF, à la CARMF et aux impôts, même quand rien n’est encore prélevé. Chaque mois, vous savez exactement combien mettre de côté et combien vous verser. La deuxième année arrive sans surprise et sans panique : l’argent est déjà là. Et selon votre offre, quand une question mérite un humain, l’équipe Sissa est là pour y répondre.

Comment nous avons calculé l’exemple

Les montants appliquent les barèmes 2026 pour un médecin de secteur 1 de moins de 40 ans, installé en janvier, célibataire sans enfant, sans salaire en 2026, avec un revenu de 90 000 € chaque année avant cotisations et impôt, et sans acompte d’impôt la première année. Ce revenu correspond à un bénéfice déclaré d’environ 70 000 € une fois les cotisations déduites, l’ordre de grandeur d’un généraliste de secteur 1 en début d’activité. Première année : environ 1 100 € à l’URSSAF (bases forfaitaires) et 3 437 € à la CARMF (montants forfaitaires de début d’activité). Cotisations dues sur un revenu de 90 000 € : environ 7 100 € pour l’URSSAF ; 4 000 € pour la retraite de base, 7 900 € pour la retraite complémentaire, 2 800 € pour l’ASV et 700 € pour l’invalidité-décès à la CARMF. Impôt : environ 17 500 € sur 2026 (peu de cotisations déductibles cette année-là), environ 14 000 € par an ensuite. Le total de 2027 additionne la régularisation de l’URSSAF, les cotisations de 2027 recalculées, le solde de l’impôt de 2026 (prélevé en quatre fois, de septembre à décembre) et quatre mois d’acomptes. Les montants sont arrondis.

Sources

Chiffres à jour au 22 octobre 2026.

Arthur Morel
Arthur Morel
Fondateur de Sissa Partners, ancien directeur financier
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